Coup de projecteur sur ... les projets de développement et de mise en valeur du milieu maritime

[LES PROJETS DES AMBASSADEURS]
Coup de projecteur sur… les projets de développement et de mise en valeur du milieu maritime

Fabrice TELETCHEA est enseignant-chercheur à l’université de Lorraine à Nancy et responsable pédagogique de la licence professionnelle « Aquaculture Continentale et aquariologie ». Depuis un an, il travaille avec la Collectivité Territoriale à la mise en valeur du milieu maritime mais aussi et surtout à la sensibilisation des jeunes aux métiers de la mer.

FIER SPM : La convention de partenariat entre la Collectivité Territoriale et l’Université de Lorraine se rapporte au développement de l’aquaculture et à la mise en valeur du milieu maritime. Pouvez vous nous expliquer en quoi consiste ce projet et où en est le partenariat dans sa mise en œuvre ?

FT : Le projet a deux objectifs principaux :

  • identifier et accompagner des porteurs de projets à Saint-Pierre-et-Miquelon,
  • sensibiliser les jeunes aux métiers de la mer.

La convention entre l’université et la collectivité a été signée il y a un an et le projet avance bien, beaucoup plus rapidement que je l’espérais ! Il s’agit d’un projet qui se déroule sur 3 ans (2018-2020) et une première restitution des réalisations sera présentée en avril prochain lors de ma venue (du 5 au 15 avril).

 

FIER SPM : La convention de partenariat spécifie la possibilité d’un accompagnement aux porteurs de projet, que ce soit sur l’aquaculture ou l’aquaponie. Avez-vous localement identifié des particuliers ou des entrepreneurs ?

FT : Mon rôle n’est évidemment pas de monter une entreprise mais consiste à mettre mon expertise technique et scientifique ainsi que mon réseau de professionnels (plusieurs centaines de personnes) que j’ai développé au cours des 20 dernières années à disposition des porteurs de projet sur l’archipel.

Au cours de mes précédents séjours en 2018, j’ai pu discuter avec plusieurs porteurs de projets et je souhaite les accompagner au cours des prochaines années :

  • celui (bien avancé) de l’entreprise Ligne Verte, il s’agit de culture hydroponique (de la culture hors sol de plantes : fruits et légumes) ;
  • une production en aquaponie (association de l’élevage de poissons en circuit fermé avec la culture de plante hors sol) ;
  • un projet de production d’omble de fontaine pour la consommation humaine.

D’autre part, l’Association Agréée de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA) a pris contact avec moi par l’intermédiaire de quelques-uns de ses membres : Jean-Paul Briand, Robert Langlois, Nicolas Cormier et Loïc Perrin.

Ils étudient la possibilité de recréer une écloserie à ombles de fontaine sur l’Archipel afin de repeupler les différents plans d’eau. Sur ce dernier projet, j’espère pouvoir les accompagner ; nous pourrions notamment nous appuyer sur l’expertise des pêcheurs locaux qui connaissent parfaitement le milieu et aussi sur celle de M. Daniel Gerdeaux (avec qui je suis en contact) qui vient régulièrement dans nos îles et apporte son expertise et ses compétences depuis près de 20 ans.

La mise en place éventuelle de projets de recherche sur l’omble entre totalement dans les projets de recherche que je développe depuis plus de 10 ans à Nancy. J’ai d’ailleurs postulé à un appel à projet Franco-Canadien pour me rendre à Terre-Neuve en octobre afin d’étudier les possibilités de partenariat pour travailler sur cette espère avec nos voisins.

 

FIER SPM : Quelles espèces de poissons seraient adaptées au développement de l’aquaculture dans nos eaux ?

FT : Je tiens à souligner que ce qui est écrit ci-dessous est le fruit de discussions avec de nombreuses personnes sur l’Archipel ainsi que le travail de plusieurs étudiants de l’IUT Nancy Brabois (Université de Lorraine). J’ai essayé d’en faire une synthèse la plus fidèle possible, mais cela ne reste, pour l’instant, que des pistes de réflexions.

En eaux douces nous pourrions produire l’espèce naturellement présente à Saint-Pierre-et-Miquelon : l’omble de fontaine (communément appelé truite à SPM). C’est une espèce à très haute valeur ajoutée dont l’élevage est très bien connu, et surtout qui a été déjà maîtrisé par le passé sur l’Archipel (les compétences et les connaissances sont donc déjà présentes localement). Nous pourrions également avoir le saumon Atlantique. Les deux espèces pourraient être élevées seules en circuit fermé (aquaculture) ou alors couplées avec la culture de plantes (aquaponie).

En eau marine, il serait aussi tout à fait possible de produire localement une très grande diversité d’espèces : crustacés (homard), mollusques (pétoncle), poissons (saumon)… sans oublier les végétaux (notamment la spiruline). Dans cette hypothèse, il serait peut-être intéressant d’envisager la création de viviers à terre ou dans des zones protégées comme ce qui a été fait il y a près de 160 ans à la station marine de Concarneau pour maintenir des animaux vivant toute l’année (il me semble que des viviers existent déjà sur l’Archipel mais pas à terre ?).

De plus, l’élevage d’animaux carnivores pourraient permettre de valoriser une partie des co-produits de la pêche ou des espèces pêchées (ou pas encore exploitées) mais à faible valeur ajoutée.

 

FIER SPM : Avez-vous une idée de la taille du marché ? Serait-on plus sur du marché local ou de l’export ?

FT : Etant donné les conditions climatiques localement, la production extérieure n’est envisageable que quelques mois par an. Or, l’aquaculture en circuit fermé et l’aquaponie ont un avantage extraordinaire : on peut s’affranchir du milieu naturel en contrôlant la production, que ce soit pour la culture des plantes ou l’élevage de poissons.

L’hydroponie et/ou l’aquaponie permettraient donc la production et la récolte de fruits et légumes toute l’année, sécurisant ainsi l’approvisionnement local qui serait son premier marché.

Pour ce qui concerne l’aquaculture, donc l’élevage d’animaux aquatiques, il est évident que le marché pourrait vite être saturé, d’où la nécessité de transformer les produits sur place me semble-t-il, pour ajouter de la valeur ajoutée (en s’appuyant notamment sur les entreprises locales comme La ferme de l’Ouest ou Mon Chef) et viser le marché de l’exportation à l’horizon de 3/4 ans une fois la première ferme en fonctionnement.

 

FIER SPM : Votre mission consiste en partie à sensibiliser les jeunes saint-pierrais et miquelonnais aux activités liées à la mer, pouvez vous nous expliquer quels sont les axes sur lesquels votre travail porte ?

FT : Nous avons choisi dans un premier temps de sensibiliser les jeunes au système aquaponique. En effet, il est possible grâce à ce système (d’apparence très simple !) de développer de très nombreuses compétences en même temps, d’illustrer de manière ludique de très nombreuses matières scientifiques enseignées au collège (biologie des plantes et des poissons, physico-chimie de l’eau, technologie), et de faire travailler les élèves en groupe.

Pour ce faire et depuis septembre 2018, nous avons dans un premier temps mis en place un projet pédagogique en aquaponie à destination des classes de 4ème du collège de Dombasle-sur-Meurthe (à 20 km de Nancy). Piloté par leur professeur de SVT Maxime Aubert et aidés par quatre de mes étudiants en licence professionnelle (Lucien Dauphin, Geoffroy Chancerelle, Guillaume Rech et Erwan Vigouroux), les élèves de 4ème cultivent des plantes en association avec des poissons. Ce projet a très bien fonctionné.

Sur cette base, nous faisons la même chose au Lycée de Saint-Pierre dès ce mois-ci grâce à un partenariat entre l’entreprise locale Avimat et le lycée ; et aussi et surtout grâce à la ténacité de Valérie Enguehard et d’Emmanuel Lemallier. La structure est d’ores et déjà montée et les poissons sont arrivés le vendredi 22 mars à SPM ! Une étudiante de notre licence professionnelle, Fanny Hachet est depuis le 09 mars sur l’Archipel et accompagnera ce projet pendant 4 mois.

Ce projet d’apprentissage s’inscrit dans un nouveau module d’enseignement qui s’intitule « Biologie marine et biotechnologie » (30 heures) qui a débuté en septembre dernier. Je tiens d’ailleurs à remercier le proviseur Girot d’avoir appuyé ce projet, ainsi que le personnel technique du lycée qui a donné un sacré coup de main.

Miquelon n’est pas en reste car lors de mon passage en avril prochain, je me rendrai sur la grande île pour de nouveau discuter avec Chrystelle Morel, Loïc Jeancler et Ghislain Detcheverry sur la possibilité de mettre en place un projet pédagogique pour l’établissement scolaire et notamment un enseignement en aquaponie adapté à chacun des niveaux de l’école.

Enfin, je travaille déjà avec une autre école métropolitaine (à Commercy) et plus récemment avec les îles de la Madeleine pour des projets similaires sur lesquels nous comptons coopérer dès septembre 2019 !

 

FIER SPM : Vous travaillez en étroite collaboration avec l’Education Nationale, les élèves que vous rencontrez localement sont-ils sensibles à vos arguments ? Certains se montrent-ils intéressés par ces métiers ?

FT : Oui ils le sont ! Une jeune étudiante, Estelle Cambray a rejoint Intechmer en octobre dernier et souhaite effectuer un stage l’été prochain sur l’Archipel sur le sujet de la valorisation des coproduits de la pêche.

De plus, deux élèves de Terminale, Thomas Lebailly et Axel Bastien, sont intéressés à étudier la biologie marine dès septembre prochain.

Je suis certain que d’autres suivront dans les années à venir, et d’autres sont déjà bien plus avancés dans leurs études comme Marion Claireaux, qui a passé sa thèse récemment (elle vit en Norvège). Je suis en contact avec eux régulièrement et suis ouvert à discuter avec d’autres jeunes (ou moins jeunes) lors de mon séjour en avril.

 

FIER SPM : Quel avenir d’après vous pour l’aquaculture à Saint-Pierre-et-Miquelon ?

FT : Etant donné les conditions climatiques locales, je pense que l’avenir passera essentiellement par le circuit fermé et la culture hors sol, cela peut désormais se faire notamment grâce aux nouvelles technologies.

Il convient d’assurer un maximum de sécurité alimentaire pour produire et consommer localement. La transformation des produits issus de l’aquaculture et de la pêche pourra permettre d’y ajouter une valeur en vue de leur exportation.

Dans les 10 ans qui viennent, j’ai l’espoir de voir sur l’Archipel une dizaine d’entreprises employant chacune 3 ou 4 salariés. En tous les cas, les très nombreux échanges au sein de l’archipel et en dehors depuis plus d’un an me rendent de plus en plus confiant sur la faisabilité de mener à bien, ensemble, ces divers projets.

Logo d'illustration réalisé par Guillaume RECH, étudiant.

 

Pour aller plus loin

Information sur les licences professionnelles en aquaculture continentale et aquariologie

SPM La 1ère, émission Embruns du 21 mars 2019 consacré à Fabrice TELETCHEA

SPM La 1ère, reportage "Un projet d'aquaponie à Saint-Pierre-et-Miquelon" diffusé le 6 avril 2018

Outre-mer La 1ère, reportage "Autonomie alimentaire : l'aquaponie, un atout pour les Outre-mer?"

Aquaponie France, Fédération Française d'Aquaponie

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